Burn-out : mon expérience personnelle

Image actuelle : burn out

Je vois de plus en plus de personnes en burn-out ou proches du burn-out. Pour l’avoir vécu moi-même, je sais à quel point c’est brutal et douloureux. Ce fut comme un tsunami qui m’est tombé dessus sans l’avoir vu venir. Cela m’a dévastée, cela a été long, difficile.

J’ose enfin écrire et partager mon vécu du burn-out car si cela peut vous parler ou même vous éviter de vous prendre le mur, alors ça vaut le coup que je replonge pour quelques lignes dans cette période sombre de ma vie.

Le déni

Juste avant le burn-out, je me souviens encore me dire intérieurement des phrases du style : « non, pas moi, je vais tenir le coup, le burn-out c’est pour les autres, c’est pour les faibles, c’est pas pour moi », ou encore : « je DOIS tenir le coup », « ça va aller », « je suis forte »…

Oui j’étais stressée, je dormais mal, je dormais peu. Oui j’avais des migraines tous les week-ends. Oui j’avais des douleurs un peu partout… Mais « ça va aller ».

Mon entourage sentait bien que j’étais de plus en plus stressée et fatiguée. Mon mari s’inquiétait parfois, il me disait d’aller voir le médecin lorsque le matin je me levais avec la tête qui tourne. Je lui répondais que je ne pouvais pas, que j’avais une réunion super importante, que « ça va aller »…

Le choc du mur

Et puis l’écroulement, le corps qui lâche sans préavis, le corps qui dit « NON, je n’en peux plus, je ne veux plus ». Alors, il n’y avait plus de négociation possible : mon corps ne voulait plus avancer. D’un seul coup, il était vidé de toutes ses forces, de toute son énergie. La seule chose qu’il me permettait encore de faire, c’était de pleurer. Pendant de longues journées. Il ne voulait plus ne serait-ce que mettre le couvert, cuisiner, ou étendre du linge. Je n’en avais plus la force. Je trainais mon corps de mon lit à un fauteuil, du fauteuil à une chaise, et d’une chaise à mon lit.

La honte et la culpabilité

Après cette première phase brutale pendant laquelle je ne comprenais absolument pas ce qui se passait à l’intérieur de moi, je persistais à croire que j’avais juste besoin d’un peu de repos et que je « devais » reprendre le travail. Sauf que je n’en avais toujours pas l’énergie et que la perspective de la reprise m’effrayait de plus en plus, me tétanisais.

J’ai alors sombré dans la dévalorisation. Je me disais que j’étais nulle, que je n’avais pas « su faire comme il faut », que j’étais faible. Je me suis jugée très durement et je ressentais de la honte : « que vont penser les autres ? que je suis une fainéante ? que je ne suis pas une bonne manager ? que je ne tiens pas le coup ?… ».

Je m’accrochais encore à vouloir être forte, sans voir que ce n’était pas une question de force. Je m’étais oubliée, je n’avais pas pris soin de moi, j’avais foncé tête baissée dans le boulot.    

Le besoin de comprendre

Voyant que le simple repos ne suffisait pas, j’ai eu besoin de savoir ce qu’il fallait faire. Qu’est-ce qui m’avait amené à cette situation et comment m’en sortir ?

J’ai la sensation, aujourd’hui avec le recul, d’avoir traversé un long tunnel. J’ai traversé des phases de peur (en trouvant par exemple des témoignages inquiétants de personnes qui ont dû passer par une longue hospitalisation avant de commencer à remonter la pente). J’ai renoué avec d’anciennes connaissances, pour tenter de comprendre si le problème venait de moi ou de l’entreprise qui m’employait. J’ai suivi divers programmes de bien-être et coaching en tout genre. J’ai consulté des praticiens en médecines alternatives, puisque mon médecin ne pouvait pas m’apporter de réponses autres que médicamenteuses. J’ai découvert des podcasts, des livres parlant du sujet. J’ai beaucoup écrit aussi, mes états quotidiens, mes pensées, mes questionnements. J’ai suivi des thérapies, fait une retraite en Bourgogne…

Petit à petit, et tout ça mit bout à bout, j’ai compris que le burn-out s’était insinué très progressivement, pendant 10 ans environ. Ce qui se consume progressivement ne se voit pas, comme l’explique le livre « Le paradoxe de la grenouille » de Michel Debaig. Pendant 10 ans, j’ai vécu des micro-déceptions, des micro-attaques, des micro-dénigrements, des micro-incompréhensions… à chaque fois, pas de quoi me faire tomber, mais juste me secouer très légèrement. Alors, « c’est pas grave… ça va aller ». Sauf qu’au bout du compte, c’est tout l’édifice qui s’est écoulé.

La plus grande prise de conscience dans tout ce cheminement fut que mon travail n’avait plus de sens, que je ne m’y retrouvais plus. J’avais bataillé pour faire perdurer des valeurs qui me semblaient importantes, sans me rendre compte que je bataillais contre une paroi d’acier inébranlable. J’ai fini à bout de souffle.

La reconstruction

Comprendre que je n’avais pas démérité, que j’avais encore de la valeur, et que mon entreprise et moi n’étions plus compatibles, m’a permis d’accepter de tourner la page. J’avais des envies, et surtout celle de me reconstruire.

A défaut de cerner précisément ce que je voulais faire, je savais ce que je ne voulais plus. Alors oui, il a fallu encore du temps pour trouver mon chemin, j’ai tâtonné, expérimenté, fermé des routes, jusqu’à trouver une voie pleine de sens pour moi.

Méfiez-vous des « ça va aller »

Aujourd’hui, lorsque je vois des personnes épuisées par leur travail, investies sans prendre soin d’elles, je tire la sonnette d’alarme. Je vois leur souffrance, leur mal-être, leur lutte, et en même temps leur déni, leurs inquiétudes.

 Je ne souhaite à personne de traverser un épuisement professionnel. Cela laisse des traces, durablement.

Ce ne sont pas des « faibles » qui font un burn-out, ce sont au contraire des personnes avec une grande conscience professionnelle qui s’investissent trop, y compris en pensées jour et nuit. Ce sont des personnes qui se disent fortes et mettent des œillères pour ne pas voir leur vulnérabilité. Et ce n’est pas un défaut d’être vulnérable, c’est la nature humaine.

Ce témoignage vous parle ?

Je crois que c’est le plus long article que j’ai rédigé jusque-là, probablement parce que c’est un sujet qui me touche très personnellement. Bravo si vous avez tout lu ! C’est peut-être que cela vous a parlé, pour vous ou pour un proche ?

Alors aujourd’hui, si vous ressentez un mal-être au travail, si vous y allez la boule au ventre, si le boulot vous occupe mentalement jour et nuit, si vous avez l’impression d’être en lutte pour aller puiser au fond de vous-même encore plus de force et d’énergie, STOP ! Prenez une grande inspiration, soufflez lentement, et demandez-vous sincèrement : « suis-je d’accord pour prendre le risque d’un burn-out ? ».

Si cet article vous questionne, vous touche, sème le doute, si vous avez besoin d’échanger sur ce qui se passe en vous, j’aurai à cœur de vous écouter et de vous accompagner si besoin.